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GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Marie Louise DELWAULLE
(1906 - 1962)

Par Marie-Berthe et Michel DELHAYE
M.L.Delwaulle

Mademoiselle Marie-Louise Delwaulle est née le 29 Décembre 1906 à Saint-Juéry dans le Tarn. Sa famille étant originaire du Nord, elle a fait ses études et même toute sa carrière dans notre région. Elève brillante au lycée de Valenciennes, puis de Lille, bachelière de Mathématiques en 1924, elle fut admissible à l'Ecole Normale Supérieure de Sèvres en 1926, mais préféra continuer ses études à la Faculté des Sciences de Lille où elle obtint la licence en 1929.

Sa carrière universitaire débuta aussitôt après, sous la direction du Professeur Pélabon qui l'accueillit dans son Laboratoire, lui proposa un poste d'Assistante de Chimie Générale et dirigea ses premiers travaux de recherches.

M. L. Delwaulle soutint sa thèse de Doctorat ès Sciences en Janvier 1934, sous le titre : "Action des Bases alcalines en solution sur l'iodure mercurique. Identification de nouveaux iodures mercuriques". Elle poursuivit jusqu'en 1937 des études sur la réduction du permanganate de potassium, sur l'action de l'oxyde de cuivre sur des solutions de divers chlorures métalliques, sur l'obtention et l'identification de nouveaux iodures mercuriques, sur l'iodure de bismuthyle, l'iodosulfure de Bismuth, sur des systèmes ternaires : Iodure de Bismuth, iodures alcalins et eau, et enfin sur la formation et la décomposition de l'oxyde de Nickel.

C'est à cette époque que commença dans ce laboratoire une collaboration qui devait s'avérer très fertile avec le Professeur Félix François. Cette petite équipe décida de s'orienter vers un domaine de Recherches très original mettant à profit les récents développements de méthodes de spectroscopie optique, et plus particulièrement la découverte en 1928 par le physicien indien C.V. Raman du phénomène de diffusion moléculaire de la lumière qui porte son nom, et qui lui valut un Prix Nobel en 1931. Les travaux d'éminents physiciens français dans ce domaine offraient aux chimistes un contexte favorable, dont F. François et M.L. Delwaulle ont su tirer le meilleur bénéfice pour la caractérisation et la détermination structurale de petites molécules ou d'ions complexes. Leur maîtrise des méthodes chimiques d'élaboration, de séparation et de purification de ces divers composés leur a permis d'aborder des études très originales, non seulement pour des espèces chimiques stables, mais aussi pour des composés non isolables apparaissant au cours de réactions équilibrées.

M. L. Delwaulle a ainsi mené une étude comparative approfondie des Spectres de Vibrations Moléculaires d'un grand nombre de composés halogénés (Carbone, Etain, Germanium, Silicium, Titane, Bore, Phosphore, Phosphoryle et Thiophosphoryle, Antimoine, Arsenic, Zinc, Cadmium, Mercure).

Sa contribution à la mise en évidence et à l'étude spectroscopique des équilibres d'Echanges d'Halogènes, a couronné ce remarquable ensemble de résultats. Elle a ainsi acquis une réputation internationale attestée par sa participation active à plus d'une douzaine de grands congrès internationaux de 1947 à 1962.

Ses recherches ont donné lieu à plus de 100 publications de 1931 à 1962, ce qui apparaît comme une production scientifique tout à fait exceptionnelle pour cette époque.

Le développement du Laboratoire de Spectroscopie Moléculaire constitué avec F. François s'est poursuivi après le décès de celui-ci, survenu en 1950. M. L. Delwaulle a su former des élèves et s'entourer de collaborateurs auxquels elle a communiqué son enthousiasme. Travailleuse infatigable, d'un dévouement constant, elle a toujours su mener de front ses activités de Recherches avec des charges d'Enseignement souvent lourdes, mais qu'elle assumait avec passion. La clarté de ses exposés, son esprit méthodique et rigoureux, alliés à un souci constant d'accueillir et d'aider ses étudiants avec bienveillance, ont été unanimement appréciés tout au long de sa carrière.

Chargée de Conférences dès 1934, puis de cours en 1939, elle est nommée Chef de Travaux en 1943, puis Maître de Conférences en 1947 et devient Professeur à titre personnel en 1952. Au départ de A. Michel en 1957 elle reprend la chaire de Chimie Minérale.

Il faut souligner les inestimables services qu'elle rendit à l'Université pendant la guerre de 1939-1945, assurant les enseignements et les examens en l'absence du Professeur F. François mobilisé, ou d'autres collègues indisponibles, en cette période de grave pénurie d'hommes et de moyens.

Il convient aussi de noter que les travaux sur l'effet Raman, initiés par M. L. Delwaulle, se sont prolongés depuis plusieurs décennies par des études fondamentales et de nombreuses applications de la Spectrométrie Raman-Laser, domaine dans lequel la compétence des équipes lilloises est reconnue, tant pour nos laboratoires que pour l'industrie française de l'Instrumentation. Parallèlement à son activité à la Faculté des Sciences, elle participe à la formation des Ingénieurs en enseignant la Chimie Analytique, puis la Chimie Minérale à l'Institut Industriel du Nord.

Appréciée de tous ses collègues pour sa puissance de travail et son dévouement, elle assure en 1960 la direction du Département de Chimie nouvellement créé à la Faculté des Sciences.

La renommée scientifique de M. L. Delwaulle ne doit pas masquer ses grandes qualités humaines.

Elle avait adopté deux jeunes orphelins, leur offrant le cadre familial affectueux qui leur manquait et prenant en charge leur éducation et leur avenir.

La carrière brillante de M. L. Delwaulle fut malheureusement brutalement interrompue en Juillet 1962, car elle trouva la mort dans le grave accident de chemin de fer qui fit plusieurs dizaines de victimes près de Dijon.

Sa disparition précoce fut ressentie avec une profonde tristesse par ses collègues, ses collaborateurs et par les nombreux étudiants qui avaient bénéficié de son enseignement.

Nous citerons avec émotion quelques lignes de l'Hommage écrit à cette occasion dans la Revue des Elèves de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie :

"C'est l'adieu de tous ceux qui ont été ses élèves que nous voudrions porter à Melle Delwaulle. Tous les étudiants en Chimie tant de la Faculté que de l'ENSCL l'ont connue et appréciée pour ses qualités pédagogiques comme pour ses qualités de coeur, on peut même dire sa grande bonté. M. L. Delwaulle faisait partie de cette rare élite qui consacre sa vie tout entière à l'accomplissement d'une tâche. Elle s'était donnée à la carrière parfois ingrate de la Recherche et à celle plus noble encore de l'Enseignement. Ses remarquables qualités Scientifiques ne sauraient faire oublier son dévouement et sa bienveillance à l'égard de ses élèves ni son indulgence jamais départie..."

Nous avons eu le privilège de connaître l'accueil bienveillant du Professeur F. François, trop tôt disparu, et de partager quotidiennement au laboratoire les activités de M.L. Delwaulle pendant de longues années. Nous y avons trouvé une ambiance de travail marquée par la rigueur et les exigences qu'imposent la Recherche et l'Enseignement, mais empreinte de confiance mutuelle, d'estime et d'entraide chaleureuse.

Près de quarante ans ont passé depuis la disparition de M.L. Delwaulle et le laboratoire qu'elle avait créé a continué à se développer, mais l'esprit qu'elle y avait insufflé reste marqué par l'exemple de sa foi et de son dévouement sans limites.