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Association de Solidarite´ des Anciens Personnels
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Claude LOUCHEUX

lundi 18 octobre 2021 par Jacques FOCT, Michel MORCELLET

 

En mémoire de Claude LOUCHEUX

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Au crépuscule de la vie, alors que sa voix s’éteignit, nos paroles d’amitié, d’admiration, de respect se trouvèrent pétrifiées, et encore plus éclatant nous apparut le rayonnement qui émanait de la personnalité de Claude. Rayonnement qui traversait les limites du laboratoire qu’il avait créé, qui dépassait le cadre de ses propres activités scientifiques pour apporter à la communauté universitaire, à ses partenaires industriels et bien au-delà une contribution supplémentaire de compétence, d’humour et d’humanité. Rendre à sa mémoire ce qui lui est dû, c’est évoquer une personnalité toujours chaleureuse, riche de culture, d’intelligence, de sensibilité, d’imagination. Curieux de sciences, avide de lecture, passionné d’art et de musique, de couleurs et de sonorités, Claude Loucheux savait partager ses enthousiasmes. Comment les étapes de sa vie, les succès, les épreuves, les hasards ont-ils pu contribuer à construire l’homme que nous honorons, comment en a-t-il maîtrisé l’architecture ?

Plutôt que de penser à un impossible décryptage génétique, le plus simple est de décrire ou, plus probablement, d’imaginer ou de reconstruire son chemin, de sa naissance le 24 octobre 1931 à Noyelles sur Escaut, où ses parents exerçaient tous deux le métier d’instituteur, jusqu’à son dernier souffle le 26 décembre 2012. Les dates, les lieux, les événements sont brièvement mentionnés au bas de ces lignes dans un curriculum vitae squelettique mais utile garde-fou à l’imagination. Dans les années trente, l’image du maître ou de la maîtresse d’école laissée par la Troisième République, ne devait pas s’écarter beaucoup de celle d’apôtre de l’éducation, missionnaire de la promotion par le mérite. Rigoureux, cultivés, exigeants mais aussi attentifs aux résultats de leurs élèves, les instituteurs exerçaient également leur devoir d’éducateur sur leurs propres enfants qui, forcément, n’avaient guère le droit de les décevoir. De ce climat studieux, Claude a hérité les qualités d’exactitude, de précision, d’organisation, de raisonnement, de mémoire, de curiosité et même de calligraphie qu’observaient régulièrement ses amis et ses collègues lors de rencontres professionnelles ou privées. Le charme des crayons d’ardoise, du calcul mental, de la matinale leçon de morale, de la plume trempée dans l’encre violette, devenant éphémère, n’amorçait pas seulement pour Claude le passage de l’enseignement primaire au secondaire, mais aussi le terme d’une époque relativement insouciante bien qu’orageuse et annonciatrice de ténèbres. Le fracas du marteau de l’Histoire allait briser d’innombrables destins. La débâcle, l’exode, la famille quitte le Nord pour un refuge tout relatif dans le Quercy, en zone dite par distorsion verbale « libre » et séparée du reste du pays par la « ligne ». Aussi bien dans la zone occupée qu’au sud de la ligne de démarcation, la jeunesse vieillit plus vite. Les « cris sourds du pays qu’on enchaîne » s’entendent dans les maisons, les écoles, les collèges, et plus douloureusement encore le long des routes qui relient des villes suppliciées. De l’inhumanité, les âmes fortes tireront un sens aigu de la tolérance, de la mesure dans l’indignation, de la relativité des jugements, des limites des idéologies. Claude intégra cette attitude humaniste et cette morale de vie.

Même les pires événements trouvent leur fin, la paix retrouvée, retour dans le Nord. Devenu bachelier, reçu ensuite au concours de l’École de chimie de Lille, il y découvre sa vocation professionnelle de chercheur et d’ingénieur. Il est particulièrement impressionné par un de ses maîtres, le professeur André Michel, spécialiste de chimie minérale et métallurgique. À sa retraite Claude entreprit de lui consacrer un essai biographique, un choix sans doute cohérent avec l’approche scientifique d’André Michel qui annonçait déjà l’émergence des concepts de la science des matériaux communs aux alliages métalliques, aux solides inorganiques et aux polymères. A l’été 1954, le jeune ingénieur chimiste fraichement diplômé va s’éloigner de l’École de chimie, provisoirement, car l’Histoire imprime à nouveau son tempo dans sa vie. Fin de la guerre d’Indochine, début des « opérations » en Algérie, Claude sera sous les drapeaux de novembre 1954 à juin 1957. Il effectue son service militaire aux confins du Sahara ce qui a pu lui avoir épargné des épreuves infiniment plus pénibles. Au retour du soldat, il épouse Marie-Henriette Lefebvre, elle aussi ingénieure diplômée de l’École de chimie de Lille en 1955. Tous deux sont alors chercheurs doctorants au Centre de recherches sur les macromolécules du CNRS à l’université de Strasbourg. Ce choix de Strasbourg se révélera décisif dans le succès professionnel exemplaire de deux carrières apparentées mais différenciées. Le séjour alsacien dure treize ans, il est très fructueux : belles réussites scientifiques illuminées par la naissance d’Hélène en 1963. Les travaux scientifiques sont marqués par le caractère novateur des macromolécules situées au point triple des frontières, au demeurant très poreuses, qui séparent la chimie organique, la chimie des matériaux et la biochimie. La fertilisation croisée induite par la migration de Lille vers l’université de Strasbourg, lieu de rencontre de deux cultures complémentaires, fréquentée par Wolfgang Goethe aussi bien que par Louis Pasteur, bénéficia également du facteur multiplicateur inestimable résultant d’une mobilité scientifique internationale ciblée, grâce à des séjours de chercheurs invités par des universités prestigieuses en particulier au Canada et aux États-Unis.

Le premier octobre 1967 Claude est recruté par l’université des Sciences et Techniques de Lille comme maître de conférences (actuel professeur de 2e classe) en chimie. Ce retour de Claude et Miette vers leur région natale satisfait à leur attachement à leurs familles, à leur réseau d’amis, à l’université de Lille et à l’École de chimie. Obéit-il aussi à un appel du devoir ? Celui de greffer à l’arbre des savoirs de l’université de Lille une branche nouvelle ? Celui d’offrir à de nouvelles promotions d’ingénieurs chimistes une compétence supplémentaire ? La création du Laboratoire de chimie des polymères, la mise en œuvre de différents programmes d’enseignement des polymères ont fourni la réponse sans la moindre ambiguïté. En accompagnant le succès professionnel de Claude et de Miette leur vint un fils Raphaël (1971).

Une activité de recherche très exigeante pour être fructueuse n’a pas dispensé Claude d’accomplir avec succès des responsabilités pédagogiques et administratives lourdes aussi bien au niveau national (Conseil national des universités, section XIX du CNRS, Expertise de laboratoires et de différents instituts…) que local (direction de l’UFR de chimie). La vocation de chercheur, de professeur, d’ingénieur parfaitement réussie sous ses différentes facettes fut manifestement nourrie d’une culture étendue aussi bien scientifique que littéraire et artistique et de la capacité qui caractérisait Claude à se focaliser sur des domaines critiques de les approfondir pour y apporter les réponses appropriées. Il n’est pas hasardeux d’avancer que la force créatrice déployée résulte d’une organisation maîtrisée de tous les enseignements, toutes les observations et expériences, tous les enthousiasmes et sentiments éprouvés au cours de sa vie, de son printemps à la nuit hivernale. La solidité mentale acquise, et par lui-même construite, a résisté jusqu’au bout à l’usure du temps et au déclin des forces physiques. Espérons que malgré la souffrance, son départ s’est accompli avec une vision d’achèvement et de plénitude et peut être avec la certitude de laisser derrière lui une perte irremplaçable pour ceux qui l’ont aimé et qui ne l’oublieront pas.

Des dates, des lieux, des faits

  • 24 octobre 1931, naissance à Noyelles sur l'Escaut (Nord).
  • 1954 ingénieur de l’École de chimie de Lille et licencié ès Sciences physiques.
  • 1er novembre 1954 - 6 juin 1957 service militaire.
  • 30 avril 1957 mariage avec Marie-Henriette Lefebvre suivi de la naissance de leurs deux enfants Hélène (1963) et Raphael (1971).
  • 15 mai 1957 entrée comme candidat à la préparation d’une thèse au Centre de recherches sur les macromolécules du CNRS de Strasbourg.
  • 1er janvier 1960 attaché de recherches CNRS.
  • 1er juillet 1963 chargé de recherches CNRS.
  • De novembre 1965 à novembre 1966, boursier du National Research Council et détaché à l’université de Montréal dans le laboratoire du professeur M. Rinfret.
  • 1er octobre 1967, maître de conférences à l’USTL, 1er janvier 1971 professeur sans chaire, 1er octobre 1974 professeur titulaire, 1er janvier 1992 professeur de classe exceptionnelle.
  • De juin à septembre 1978, Visiting Professor à Brandeis University, Waltham Mass. USA.
  • 26 décembre 2012, décès à Lille (Nord).

Jacques FOCT

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En mémoire de Claude LOUCHEUX

Au cours de l’été 1967, un article dans la presse locale annonçait l’arrivée prochaine à l’université de Lille d’un jeune maître de conférences venant de Strasbourg, qui allait dispenser, à la rentrée suivante, un enseignement sur les polymères, une discipline jusque là à peine effleurée à Lille dans le cadre des cours de chimie organique. La réforme de l’enseignement supérieur et de la licence étant passée par là, ce nouveau cours s’inscrivit dans le cadre de la nouvelle maîtrise de chimie, plus précisément au sein du certificat de chimie organique appliquée C4, qui deviendra un C4 de chimie macromoléculaire en 1970.

Claude LOUCHEUX faisait partie de cette génération de jeunes maîtres de conférences, à l’enthousiasme communicatif pour sa discipline. Excellent pédagogue, il était très sensible à la manière dont son auditoire (nombreux puisque nous étions issus du baby boom) réagissait à son message. C’est ainsi que lors d’un des derniers cours de cette première année, ayant senti un certain flottement dans la compréhension du diagramme de Zimm, il reprit entièrement son exposé sur la diffusion de lumière, au cours suivant.

Au cours des années suivantes, Claude fut sollicité pour enseigner également à l’École de chimie de Lille (ENSCL), à l’École des Mines de Douai, à Polytech (EUDIL) et à l’École Centrale de Lille (à l’époque IDN) ainsi qu’en licence de biochimie (macromolécules biologiques) et à Lille 2 (cours de biophysique). À la rentrée de 1968, après les derniers examens (qui avaient eu lieu tardivement pour cause de révolution !), nous étions donc nombreux à solliciter une place dans le laboratoire de chimie macromoléculaire qui allait se créer, pour la préparation d’un DEA puis d’une thèse. C’est ainsi qu’un jour d’octobre, quatre jeunes étudiants venant de la maîtrise ou de l’ENSCL se retrouvèrent avec Claude et son épouse Miette, au premier étage du C6, dans un laboratoire délaissé par l’équipe du professeur Blanchard, parti à Poitiers. Dans cet espace vide, tout était à faire, mais nous avions l’enthousiasme des pionniers !

Comme directeur de thèse, comme patron du laboratoire, Claude était très proche de ses chercheurs, toujours disponible malgré ses nombreuses occupations, toujours prêt à une discussion à bâtons rompus à propos de science mais aussi de bien d’autres sujets. Il aimait participer avec nous à la traditionnelle pause café, nous faisant partager par des anecdotes les souvenirs récents de sa période québécoise chez le professeur Rinfret à l’université de Montréal (ah ! la machine à couper le maïs ou la canne creuse contenant un cordial !). Il aimait aussi, accompagné de Miette, les repas de fin d’année, les barbecues, ou les soirées déguisées organisées par son équipe.

Naturellement, au cours des années, le laboratoire a grandi, les thématiques ont évolué, de nombreuses collaborations ont été nouées : avec des entreprises régionales, nationales ou étrangères; avec des laboratoires voisins de l’UFR de chimie (ignifugation des polymères, polymères photosensibles, photopolymérisation avec l’équipe du professeur Lablache Combier). Le laboratoire a progressivement intégré des réseaux de recherche nationaux et internationaux. Il est également devenu une unité associée au CNRS.

Entre temps, les enseignements ont évolué avec la création en 1975 d’un DEA de « physico-chimie des macromolécules synthétiques et naturelles et de leurs oligomères » qui devait fusionner cinq ans plus tard avec le DEA de chimie organique pour former le DEA de « chimie organique et macromoléculaire ». Les responsabilités n’ont pas manqué : directeur de l’UFR de chimie, membre du Comité national du CNRS, membre du Conseil national des universités, président de la section Nord du Groupe français des polymères, etc.

Au départ en retraite de Claude, le laboratoire comptait une trentaine de chercheurs avec des thématiques portant sur : la chimie supramoléculaire, les assemblages multi-stimulables, les cyclodextrines et les biomatériaux pour la médecine et la chirurgie, les composites polymères cristaux liquides.

Quelques années après, il a pu voir se réaliser un de ses objectifs (et le mien) à savoir le rassemblement dans une même unité de recherche de tous les chercheurs de divers horizons travaillant à Lille 1 sur les polymères, concrétisé par la création de l’équipe « Ingénierie des systèmes polymères » au sein de l’UMET.

Par son activité professionnelle, Claude a marqué l’histoire récente de la chimie à Lille 1 mais ce fut surtout pour nous, ses chercheurs, un professeur, un patron puis un ami chaleureux qui tiendra toujours une place particulière dans nos mémoires et nos cœurs.

Michel MORCELLET

Article paru dans le bulletin de l'ASA d’automne 2013

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