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Hommage à Eugène Constant

samedi 10 juillet 2021 par Georges SALMER

 

Hommage à Eugène Constant

           Eugène Constant nous a quittés en octobre 2020 à l’âge de 84 ans. C’est un devoir et un honneur que d’écrire cet hommage à Eugène, pour moi un maître et un ami. Il m’a guidé dans la phase finale de ma thèse d’Etat, a impulsé la plupart de mes activités de recherche et je lui dois beaucoup.

Issu d’une famille d’industriels du Nord, Eugène est un pur produit de la Faculté des Sciences, où il obtint dans des délais records une licence de physique et trois DES, dont un d’Electronique et un d’Astronomie. Malgré un stage passionnant à l’observatoire astronomique de la Jungfrau, il choisit l’électronique. Il entre en 1959, comme stagiaire de recherche CNRS, au laboratoire dirigé par le professeur Roger Arnoult, pour y préparer une Thèse d’Etat, soutenue en fin 1962.

Après son service militaire, en octobre 1964, il obtient un poste de Maître de Conférences à Saint-Quentin, tout en développant ses activités de recherche au laboratoire d’électronique de Lille, dirigé alors par les professeurs Gabillard et Lebrun. En 1966, il deviendra Maître de Conférences à la Faculté de Lille, où il fera une carrière extrêmement brillante : professeur sans chaire, puis à titre personnel, et enfin professeur de classe exceptionnelle. Il prendra sa retraite en 1999 et restera professeur émérite durant plusieurs années pour y encadrer plusieurs thésards. Outre l’attribution de nombreux prix scientifiques, la reconnaissance de la communauté nationale se manifestera par ses nominations aux titres de Commandeur des Palmes Académiques et de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

Eugène est reconnu comme un responsable scientifique remarquable dans plusieurs domaines de la physique et de l’électronique ; il le doit à la qualité de ses travaux, à son action de formation de chercheurs et surtout de création de laboratoires. En effet, dès 1964, il crée sa propre équipe de recherche avec Yves Leroy et Ladislas Raczy, auxquels s’agrégera tout un groupe de jeunes chercheurs, base du futur Centre Hyperfréquences et Semiconducteurs (CHS). Ce groupe sera reconnu comme équipe, puis comme laboratoire associé au CNRS en 1974. Grâce à son action très efficace auprès du Comité national microélectronique, le CHS a pu acquérir dès 1984 des moyens de réalisation de composants électroniques submicroniques au sein de la Centrale de Technologie. En 1990, il se consacre à un projet de grande ampleur qui aboutit à la création en janvier 1992 de l’Institut de Microélectronique et d’Électronique du Nord (IEMN) : il regroupe la quasi-totalité des équipes de recherche régionales travaillant dans ces domaines. Il constitue un des plus grands centres de recherche français en microélectronique et bénéficiera de moyens technologiques exceptionnels avec une nouvelle Centrale. Eugène suivra de près sa réalisation et assumera la direction de l’IEMN jusque fin 1996.

Cette action de création a été de pair avec ses activités d’enseignement où il a excellé tant en premier cycle, où il a présidé pendant plusieurs années le jury du DEUG A, qu’en DEA d’Electronique, dont il a assumé la responsabilité. Je rappellerai tout particulièrement ses enseignements « lumineux » de Thermodynamique statistique ou ses cours sur les nanocomposants. Il sortait des cours la veste ou la blouse maculée de craie, parfois les cheveux aussi… mais ses étudiants avaient tout compris, que ce soit de la statistique de Boltzmann ou des nanocomposants.

La mobilité thématique d’Eugène et son aptitude à lancer de nouvelles voies de recherche prometteuses est tout à fait proverbiale. Sa thèse portait sur l’application de mesures hyperfréquences de la permittivité de liquides, en particulier d’acides, particulièrement nauséabonds, qui donnait une ambiance particulière au laboratoire. Il avait largement contribué à hisser les expériences vers le domaine millimétrique, évolution qu’il a poursuivie avec Yves Leroy vers l’infrarouge lointain.

Dès 1964, il lance une activité nouvelle en imagerie et thermographie microonde, que le laboratoire a poursuivie avec succès pendant plus de 40 ans pour des applications biomédicales : une part de cette activité a été reprise par une start-up de l’IEMN établie à la Haute-Borne. C’est en expérimentant un de ces équipements qu’Eugène met en évidence un effet nouveau dans un composant électronique. C’est ainsi que naît toute une activité de recherche sur les composants microondes et optoélectroniques. Cela placera le CHS puis l’IEMN parmi les grands laboratoires mondiaux du domaine. Eugène présidera plusieurs congrès internationaux et sera reconnu comme un des grands spécialistes des micro et nanocomposants, comme en attestera en 1993 un spécialiste lors d’une visite chez IBM Yorktown d’une délégation de responsables de laboratoires français.

La formation et l’encadrement de jeunes chercheurs constitue aussi un aspect essentiel de l’engagement permanent d’Eugène. Je fus un des tout premiers à bénéficier de son aide. Outre les très nombreux thésards qui ont essaimé dans l’industrie française ou étrangère, je ne saurais dénombrer les docteurs d’Etat ou habilités qui sont devenus professeurs à Lille, ont contribué au développement du CHS puis de l’IEMN, ou ont pris la direction de laboratoires universitaires amis.

Un peu à contre-courant de la recherche universitaire de l’époque, Eugène s’est préoccupé très tôt des applications potentielles de ses recherches et a noué des contacts suivis et des collaborations fructueuses avec les Centres de recherche des grandes sociétés européennes. Ce fut le cas dès 1968 avec le LEP (Philips) puis, par la suite, Thomson, Alcatel, etc. Elles furent encouragées ensuite par le CNRS et par les différents organismes d’Etat ; Eugène a pris une part très active dans les différents comités, en particulier à la DGRST, qui pilotaient ces évolutions. Au sein du CNRS, il fut plusieurs fois responsable de grands programmes nationaux en microondes et microélectronique. Enfin, il participa activement, au sein de la Commission Européenne, au développement des programmes européens dans le domaine des composants.

Eugène était très attaché à sa région et déplorait largement qu’elle figure dans le peloton de queue des régions françaises en matière de recherche et d’innovation. Tant au sein du Pôle Electronique Nord-Pas de Calais qu’il coprésidait, que de l’IEMN où il a créé IEMN transfert, il a eu le souci permanent de développer les contacts entre les laboratoires universitaires et l’industrie régionale.

Il a été un grand responsable de laboratoire, que ce soit au CHS ou à l’IEMN, et a laissé une empreinte durable dans sa manière de diriger ces ensembles. Il savait écouter, entraîner, convaincre et décider pour constituer une équipe autour d’un projet commun. « Son bureau nous était toujours ouvert », disaient les membres du personnel, qui appréciaient son soutien constant quand il fallait défendre des promotions ou résoudre certains problèmes personnels.

Plus que tout, Eugène cultivait l’amitié et les relations personnelles. Ne nous avait-il pas entraînés, les membres de « la bande des quatre », avec une partie de nos familles dans un tour mémorable de l’Oisans, sa seconde patrie, en célébrant notre amitié autour de feux de camp dans la neige…

Ce n’est peut-être pas le propos d’évoquer sa famille, sa femme Monique, ses trois enfants et huit petits-enfants, mais je le fais quand même, car je sais combien il les chérissait, en était très fier et combien ils tenaient une énorme place dans son cœur.


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