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Jacques LOMBARD

mardi 28 septembre 2021 par GAILLARD Gérald

 

Hommage à Jacques Lombard

Né à Paris en 1926, Jacques Lombard obtient après une licence de droit, le diplôme du Centre de formation à la recherche ethnologique (fondé par Leroi-Gourhan en 1945). Heureux temps où les deux ans d’étude au CFRE étaient considérées comme un stage ouvrant automatiquement à un recrutement par l'Office de la Recherche scientifique et technique d’outre-mer (Orstom, aujourd’hui IRD – Institut de recherche et de développement) qui détachait ces diplômés en Afrique, en Asie (cas de Georges Condominas), en Océanie (cas de Jean Guiart) ou à Madagascar (cas de Jean Poirier). En 1949, Lombard est donc nommé au Centrifan du Dahomey (Bénin depuis 1975), c'est-à-dire au Centre local de l'Institut français d'Afrique noire que dirige à Dakar, Théodore Monod. Au Dahomey où il arrive en 1950, J. Lombard travaille sous la direction de Paul Mercier (compagnon de Georges Balandier). Mercier retourné dès 1951, à Dakar, pour enquêter sur la ville, Lombard est nommé directeur du Centrifan, dirige la publication de la revue Études dahoméennes et anime un petit musée en redonnant vie au Palais d’Abomey de roi Béhanzin (P. Mercier et J. Lombard, Guide du Musée d'Abomey, Ifan, 1951, 40 pages). À l’époque, l’Orstom sollicite des enquêtes sur les villes africaines naissantes, pour le compte des instances gouvernementales de l’Union française. Dans ce cadre, Jacques Lombard rédige donc un « Cotonou, ville africaine » (Études dahoméennes, 1953). C’est la première étude urbaine en Afrique française puisque l’ouvrage précède aussi bien « L’agglomération dakaroise » dirigé par P. Mercier (IFAN, 1954) que « Les Brazzaville noires » de G. Balandier (1955). Le thème est moderne mais si Jacques Lombard, qui resta toute sa vie un catholique convaincu et pratiquant, fut de ceux que la seconde guerre mondiale poussa hors d’Europe, on doit le comprendre comme l’un des derniers, si ce n’est le dernier, de ces anthropologues qui grandirent avec une image positive de l’Empire français. Son père, représentant en vin de la petite bourgeoisie, l’a peut-être même emmené visiter l’Exposition coloniale de 1931 (huit millions de visiteurs pour trente-trois millions de billets vendus pour environ quarante et un millions de Français dont par exemple G. Balandier, et à laquelle contribua toute la génération précédente d’ethnologues français dont Michel Leiris). C’est durant plusieurs années qu’il croit à cette nouvelle Union française issue du Discours de Brazzaville prononcé le 30 janvier 1944 par le général de Gaulle (président du Comité français de la Libération nationale) qui promet une ère nouvelle à l’Afrique. Son épouse s’occupe d’œuvres charitables (et il n’y a pas à en rire à une époque où par exemple le Mali, alors Soudan – car je ne dispose pas des chiffres pour le Bénin, alors Dahomey – n’avait qu’un médecin malien) et Lombard monte, entre autres, le premier ciné-club du pays.

En 1960, le Dahomey devient indépendant, et avec la fin de la Communauté française (1958-1960) l’IFAN éclate et se replie à Dakar. Résidant à Saint-Louis du Sénégal à partir de 1961, Lombard, jusque-là accaparé par des tâches administratives, écrit « Géographie humaine du Sénégal, population et genres de vie. Saint-Louis du Sénégal » (Dakar, Études sénégalaises, 1963, 183 pages) et surtout ses thèses à partir des matériaux qu’il a recueillis depuis 1948. Celles-ci sont soutenues en 1965, avec une thèse secondaire intitulée « Autorités traditionnelles et pouvoir européen en Afrique Noire. Le déclin d’une aristocratie sous le régime colonial » (413 feuilles dactylographiées puis Paris, A. Colin, 1967) qui est le premier texte à traiter de cette question et surtout une thèse principale intitulée « Structures de type "féodal" en Afrique Noire. Étude des dynamismes internes et des relations sociales chez les Bariba du Dahomey » (Imprimerie nationale, 545 pages puis Paris, Mouton, 1965)[1].1 Ce dernier livre avait été notamment précédé par l’article « La vie politique dans une ancienne société de type féodal : les Bariba du Dahomey » publié par les Cahiers d'études africaines (1960, vol.1(3), pp. 5-45). Inspirée par Gurvitch, le propos marque l'anthropologie politique car il rompt avec un fonctionnalisme homogénéisant tout en refusant une approche structuraliste que l’auteur rejettera toujours. Déjà directeur-adjoint de l’IFAN, Jacques Lombard est, grâce à l'amitié de Louis-Vincent Thomas, recruté comme maître de conférences (alors poste de rang A) en sociologie par l'université Cheik Anta Diop de Dakar (1965). Les troubles sociaux et politiques que connaît le pays et que soutient le département de sociologie durant le printemps 1968, débouchent sur le renvoi en France, à la demande du gouvernement sénégalais de L.-V. Thomas, socio-ethnologue et doyen de la Faculté de lettres et sciences humaines et de J. Lombard[2].

Rentrés en France, ils ont toutefois le droit de choisir leur nouvelle université d’affectation. L.-V. Thomas entre à la Sorbonne à Paris et J. Lombard inaugure la chaire nouvellement créée de professeur d'ethnologie à l'université de Lille au sein de la Faculté des lettres. Dans le cadre de la recomposition universitaire impulsée par la loi Edgar Faure les sociologues de l’Institut de sociologie votent majoritairement pour leur rattachement à l’université de Lille 1. Jacques Lombard participe alors à l’assemblée constituante qui élabore les statuts de l’université, créée en octobre 1970. Il est un acteur de la création de l’Institut de sociologie et d’anthropologie au sein de l’UER de sciences économiques et sociales. Il participe activement à la vie de l’université. Vice-président sous le mandat de Jacques Parreau il sera président de Lille 1 dans les années 1975-1976. Tant au sein du département qu’à celui de l’université, les convictions politiques et religieuses de Jacques Lombard lui attireront bien des inimitiés. On doit dire, qu’il n’hésitait pas à déclarer dans ses cours, qu’une comparaison rigoureuse des taux de chômage en France et en Allemagne, devait prendre en compte le fait que les femmes travaillaient peu dans ce dernier pays et qu’il continuait en soulignant que nos jeunes étaient désormais livrés à eux-mêmes car l’État et l’école n’avaient en rien les moyens de s’en occuper (on devine les réactions !).

Auteur de nombreux articles, Lombard contribue à la première Histoire générale de l’Afrique noire éditée par H. Deschamp (Puf, 1970, 4 vols.). Entre 1973 et 1982, il préside le Comité technique de sociologie de l’Office de la Recherche scientifique et technique Outre Mer où il succède à Georges Balandier. Administrateur hors-pair, c’est un président bienveillant qui défend tant des membres de l’institution dont après une douzaine d’années, la thèse n’est toujours pas terminée mais qui finiront par délivrer une œuvre incontournable (comme Georges Dupré, Les Nzabi. Un ordre et sa destruction, Paris, Orstom, Mémoires n°93, 1982, 446 p) ou encore Pierre-Philippe Rey dont il ne partageait en rien les préoccupations marxistes et révolutionnaires.

C’est avec la même bienveillance, que Jacques Lombard, déjà pourtant professeur hors classe (c’est à noter), s’est bénévolement consacré à la direction de l’Institut de sociologie de l’université de Lille 1 pendant dix ans puisqu’il occupe à deux reprises cette fonction entre 1978 à 1983 puis de 1988 à sa retraite en 1992. Il fut notamment un temps, aidé dans cette tâche par l’africaniste Michel Adam qui fut un temps auprès de lui son directeur adjoint. C’est d’ailleurs à ce dernier que Lombard doit l’une de ses grandes fiertés : l’ascension du Kilimandjaro, car Lombard était un sportif pratiquant l’alpinisme en Savoie où il avait une maison de famille, autant que la natation (cinq kilomètres à 70 ans passés !) et le tennis où il excellait. Enseignant jusqu’à sa retraite tant en première année (car il trouvait cela essentiel) qu’en séminaire de doctorat, J. Lombard a tiré de ses cours une Introduction à l'ethnologie (Paris, A. Colin, 1994) qui se présentant comme une histoire, connut quatre éditions et plusieurs traductions et déjà deux décennies avant, son livre, L'anthropologie britannique contemporaine (Paris, Puf, 1972) était la première étude d'ensemble présentant l’anthropologie britannique non seulement en France mais aussi à l’étranger, et ce fut un petit événement. Au sein de l’Institut de sociologie, Lombard s’occupa longtemps avec beaucoup d’énergie de l’encadrement des doctorants. La chose mériterait une petite enquête numérique, mais nous sommes dans la période où la France octroie de nombreuses bourses de thèses à des étudiants africains qui arrivent en grand nombre à Lille pour étudier le développement. La plupart de ces thèses étaient dirigées par Gabriel Gosselin ou Jacques Lombard. Précisons que tout en accueillant et encadrant les jeunes doctorants avec l’attention d’un "doctor-father", Lombard regrettait que l’Afrique forme tant de jeunes en sciences humaines, en économie et en droit (de futurs chômeurs disait-il), quand, selon lui, elle avait prioritairement besoin de techniciens et d’ingénieurs.

Déçu par les indépendances qu’il avait vécues dans l’enthousiasme, il ne voulait plus retourner en Afrique: trop de malversation, trop de coups d’État, trop de violence aveugle. Dans ses derniers textes, Jacques Lombard retourne alors au droit. Il présente ainsi un La violence et l'État : formes et évolution d'un monopole (Colloque franco-allemand d'anthropologie du droit tenu en 1990 ; L’Harmattan, 1993) et rédige les chapitre juridiques des volumes de la Pléiade d’une Anthropologie des mœurs (dirigé par Jean Poirier). L’Institut de sociologie (devenu l’Institut de sociologie et d’anthropologie) de Lille lui doit notamment d’avoir été pendant des années l’un des hauts lieux de formation au développement.

Pour terminer, un fait qui indiquera la distance que nous avons à sa génération : Jacques Lombard n’a jamais su taper à la machine (comme d’ailleurs par exemple, Georges Balandier son aîné né en 1920 ou encore Gilles Deleuze, né en 1925).

[1]L’Anthropologie politique de G. Balandier ne mentionne pas la thèse de Lombard. Dominique Zahan, en revanche, rend compte des deux thèses dans l’Année sociologique (1966, Troisième série, vol. 17, pp. 345-350). Yves Person en présente un compte-rendu élogieux dans la Revue d'Histoire d'Outre-Mer (1965, 52, 188: 457-458) tout en reprochant le manque d'index. Un compte rendu élogieux est signé par Claude Arditi dans L'Homme et la Société (1967, 6: 196-197), par P. C. Lloyd dans Africa (1966, Vol.36(4) : 453-454) et par Mohamed Chérif dans Présence Africaine (1965, Ns, N°56 : 156-158). Le compte rendu de D. H. Jones publié dans Journal of African History (1966, vol.7: 155-157) est plus critique.

[2]Mais non le "plus gauchiste", Pierre Fougeyrollas qui, Théodore Monod retournant au Muséum, devient directeur de l’IFAN.


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