Alain NATALI

La nouvelle de la disparition d’Alain a bouleversé tous ses amis, ceux qui ne le savaient pas si malade, ceux qui, l’ayant vu ces derniers temps,  s’attendaient à l’inéluctable sans penser que la fin serait aussi proche. Pour parler d’Alain, j’aimerais rappeler, car cela faisait partie de sa personnalité, son origine méridionale. Son père était Corse et s’était installé en Afrique du Nord, Alain revendiquera toujours ses attaches corses. Né à Tunis Alain y passe ses sept premières années, suit ses parents à Nice, entre au lycée Masséna puis entreprend des études de lettres classiques à la Sorbonne. Reçu à l’Agrégation, il est nommé au lycée de Saint Quentin puis il rejoint en 1969 la faculté des lettres comme enseignant –chercheur en histoire grecque. Il choisit comme sujet de thèse : « le christianisme ancien et la cité au IVe siècle dans la région d’Antioche en Syrie romaine » et s’intéresse  au Cantique des cantiques. Il s’engage très vite dans la vie de l’Université. Il devient avec Robert Vandenbussche, co-directeur de l’UFR d’histoire.  Philippe Guignet m’apporte son témoignage (parmi bien d’autres)  « Il fut un directeur d'UFR très présent, féru de pédagogie, de surcroît imaginatif, très soucieux de l'avenir des étudiants et attentif aux préoccupations des uns et des autres ». Alain est ensuite élu vice-président de l’Université durant le mandat de deux présidents successifs. C’est l’occasion pour lui de prendre à bras le corps les problèmes des étudiants de toute l’Université pour qui sa porte était toujours ouverte, ou, dans un autre domaine, de donner un élan décisif – avec son complice Patrick Houcque - au service culturel de l’Université. Il terminera sa carrière comme directeur du centre IUFM de Douai, manifestant une des constantes de son parcours : la passion pour la formation des jeunes. Il a conduit toutes ses entreprises avec un sens aigu du service public, une éthique fondée sur l’exigence de justice et de solidarité, une volonté d’être toujours au service de la collectivité.

 Alain Natali était une « figure » de l’Université ; et ceci pas seulement parce qu’il y a occupé pendant longtemps, et avec talent, diverses fonctions de premier plan ; mais aussi parce qu’il y était apprécié pour ses qualités humaines. Sa sincérité dans ses engagements, sa foi en certaines valeurs, son ouverture aux autres, son dévouement pour tous ceux et toutes celles,  nombreux et nombreuses, qui lui demandaient un service, son esprit de tolérance en faisait un véritable humaniste estimé de tous.

           Ses réactions étaient parfois un peu vives, son impatience surprenait quelquefois ; mais Alain était avant tout un homme de contact : on appréciait son extrême gentillesse, son sourire accueillant, sa bonne humeur communicative, son tempérament convivial. Il me restera quelques images d’Alain : Alain, me parlant avec émotion de ses filles et de ses petits enfants,. Alain entonnant des chants corses ; Alain nettoyant la table de son bureau de vice-président chaque vendredi soir , avec un chiffon et du pliz qu’il proposait ensuite aux autres membres de l’équipe de direction. Alain jouant de la guitare devant ses collègues, parfois médusés, au terme d’une réunion officielle. Cette guitare avait été, semble-t-il, un moyen de séduction : on m’a rapporté que  Marie-France, parlant à ses parents de son futur époux,  avait énuméré ses défauts en concluant :  « bref, il est râleur mais… il joue de la guitare ». Je me remémore enfin la dernière image d‘Alain, il y a trois semaines ; Alain, serein et souriant, me faisant des recommandations pour les propos  que je tiendrais lors de ses funérailles.

 Je pourrais évoquer bien d’autres facettes de son caractère. Cet homme apparemment sûr de lui pouvait être un angoissé, ce collègue au verbe vif cachait une sensibilité extrême, ce rationaliste « marchait » parfois « à l’affectif ». Paradoxes qui en faisaient un être particulièrement attachant. 

Telles sont les raisons, parmi bien d’autres, qui expliquent la très grande émotion suscitée aujourd’hui par la disparition d’Alain Natali. Marie-France, au nom de l’ensemble des collègues et amis d’Alain, je tiens à t’exprimer toute notre sympathie, à toi qui, avec vos filles, l’as tellement soutenu pendant ces presque dix dernières années et à te souhaiter tout le courage possible pour affronter un monde sans Alain.