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Hommage à Yves Leroy

L’annonce du décès d’Yves Leroy, même s’il était attendu vu son état de santé, a généré une forte émotion parmi ses anciens collègues de travail en particulier ceux d’électronique et les adhérents de l’ASAP, dans laquelle il s’était largement investi au moment de sa retraite. Ce sont ces deux facettes que je souhaite explorer. La partie recherche a été rédigée grâce à Georges Salmer.

À l’issue de son service militaire Yves Leroy prépare un doctorat d’État, qu’il soutiendra en 1967. Ses travaux se déroulent dans le Laboratoire d’Électronique sous la direction d’Eugène Constant et concernent la dynamique moléculaire dans les liquides. Le challenge était de comprendre pourquoi les liquides, transparents à la lumière, étaient absorbants pour les ondes électromagnétiques usuelles, celles de la radio par exemple. Il fallait pour cela expérimenter et comprendre ce qui se passait dans le domaine de l’infrarouge et des ondes submillimétriques. Grâce à un appareillage extrêmement original, imaginé par Yves et Eugène Constant et fait maison, des mesures nouvelles ont pu être réalisées et il a obtenu des résultats tout à fait nouveaux et reconnus par la communauté scientifique nationale et internationale.

Quelques années plus tard, Yves se lance résolument dans une nouvelle activité de recherche sur les nouvelles applications des microondes au sein du Centre Hyperfréquences et Semiconducteurs, future composante de l’IEMN. Une large part de ses travaux concerne la radiométrie microonde, c’est-à-dire la mesure à distance du bruit produit par les matériaux dans le domaine microondes, bruit proportionnel à la température. Au départ il a surtout visé des applications dans le domaine médical, en particulier la détection et le traitement du cancer du sein, en relation avec les équipes du Centre Oscar Lambret. Ses travaux ont conduit à de nombreuses publications scientifiques, à des brevets et des transferts de technologie. Une startup de l’IEMN, la société MC2, développe actuellement au niveau international des appareillages pour l’identification des personnes dont le principe découle directement de ces travaux. Yves et son équipe ont développé aussi avec succès d’autres applications des microondes : télémétrie, cinémométrie, contrôle non destructif… contribuant ainsi très directement aux excellentes relations de l’IEMN avec son environnement économique.

En retraite en 1994 Yves Leroy s’intégrera très vite au sein de l’ASA qui est encore une association toute jeune – elle n’a que trois ans d’âge – et il accompagnera son développement. Dès 1996 il est élu au Conseil d'administration. Il est discret, efficace et très disponible .Il initiera et participera à de nombreuses randonnées et visites dont on trouve trace dans ses comptes rendus publiés dans le bulletin. Yves est un randonneur émérite. Bien sûr on est loin ici de son terrain de prédilection qui est la montagne. Une montagne où il se ressource régulièrement avec son épouse Thérèse et sa famille. De son point d’attache, Freissinières, petit village du parc des Écrins il part avec ses amis – je pense en particulier aux familles Constant, Salmer et Racsy – pour de multiples randonnées souvent très sportives. Sa curiosité permanente le conduit à s’intéresser dans ce cadre à des phénomènes physiques éloignés de ses recherches. Yves et Eugène Constant présenteront d’ailleurs lors d’une exposition de l’ASA consacrée à la montagne en 2004, juste avant la sortie de Google Maps, un procédé original de visualisation par ordinateur des paysages de montagne à partir de cartes IGN et du calcul de l’ensoleillement. Bluffant paraît-il ! Il manifeste un véritable attachement à ce territoire alpin et à ses habitants comme en témoignent les trois ouvrages qu’il y a consacrés sur les traces des bergers, des chasseurs, des abris. Mais au sein de l’ASA Yves ne se limite pas à ces randonnées et à divers écrits comme celui sur la bataille de Bouvines, fréquemment consulté sur le site web de l’ASAP. Il sera pendant neuf ans chargé de l’élaboration du bulletin et on le verra solliciter les uns est les autres pour un article, une photo, les rappeler à l’ordre toujours de façon amicale. Il lui faudra souvent faire preuve de persuasion dans cette fonction. Il est au début des années 2000 un des concepteurs, avec Marc Lefebvre et Ladislas Raczy, du site web de l’ASA. Il a aussi participé activement aux travaux que l’association mène autour de l’histoire de l’université en collaborant avec Arsène Risbourg et Pierre Vidal à la rédaction d’un fascicule consacré à l’électrotechnique, la radiotechnique et l’automatique et plus récemment à celui sur l’histoire de l’IUT.

On le voyait moins souvent ces dernières années, sauf pour des événements particuliers comme l’évocation des 25 ans de l’IEMN mais il était toujours attentif à l’activité de cette association à laquelle il a beaucoup donné. Sa gentillesse, son humilité, sa discrétion, sa curiosité, son sens de l’autre, son sens de l’amitié et de la convivialité resteront pour nous des valeurs qu’il a portées. Merci Yves pour ce que tu nous as apporté.

 

Jacques DUVEAU, président ASAP, président honoraire université de Lille1

Article paru dans le bulletin de l'ASA de septembre 2020